Le mot du directeur de collection

Pour moi, une collection est avant tout le résultat d’une rencontre : celle d’une maison d’édition, avec son histoire et ses traditions, et de l’éditeur dont elle entend dévoiler l’univers. Voilà pourquoi lorsque les éditions Calmann-Lévy me proposèrent de créer la collection « Robert Pépin présente… », j’acceptai avec joie l’honneur qui m’était fait : inscrire mes auteurs dans un catalogue où ils côtoieraient les plus grands noms de la littérature et de la pensée des XIXe et XXe siècle et, dans les domaines plus particuliers du thriller et du roman policier, ceux de Patricia Highsmith, P. D. James, Patricia Cornwell, Donna Leon, etc., ne pouvait que me réjouir.

J’entrai dans l’univers de l’édition en traduisant des écrivains aussi différents et littéraires que Robert Graves, Kurt Vonnegut, Saul Bellow, Samuel Taylor Coleridge, T. C. Boyle, Bernard Malamud, Joseph Heller, David Malouf, etc. Ce n’est qu’ensuite que je me consacrai à la découverte de nouveaux auteurs de thrillers et de romans policiers du monde entier.

De cette pratique de la traduction littéraire me vint alors, et très logiquement, le désir de traduire et de faire traduire leurs textes avec la même rigueur que celle qui m’anime lorsque je me penche sur les œuvres de leurs confrères de la « littérature blanche ». Pour traiter de meurtres, d’attentats, de vengeances et autres joyeusetés illustrant la part la plus sombre de la nature humaine, elles n’en sont pas moins nobles et exigent chez les meilleurs la même qualité d’écriture et, naturellement, de traduction. Il serait en effet réducteur de limiter le policier et le thriller à des histoires dont le seul but serait de divertir en faisant trembler, – ce qui, en soi, n’est déjà pas si mal et pas évident. À travers elles se découvrent de fait des moments caractéristiques de l’histoire sociale et culturelle d’un pays, ces œuvres pouvant être, au même titre que les autres, de grands témoignages sur une époque et ses mœurs.

Cela dit, mon métier consiste avant tout à révéler le jeune auteur dont l’approche apporte quelque chose de nouveau à des genres littéraires où tant de grands noms ont déjà brillé. Je ne suis pas près d’oublier le plaisir que j’éprouvai à publier pour la première fois en France un novice qui me semblait prometteur , un certain Michael Connelly et, plus tard, des jeunes romanciers aussi fascinants et éloignés que le Suédois Henning Mankell, la Française Brigitte Aubert, le Sud-africain Deon Meyer, les Américains C. J. Box et Michael Koryta, la Russe Alexandra Marinina, la Japonaise Natsuo Kirino et bien d’autres encore.
Croire en eux, les soutenir malgré les doutes et les appréhensions qui nous accompagnent quant à l’accueil que le public de langue française leur réservera, c’est aussi cela mon rôle. Et donc bien sûr aussi celui de persévérer même si le succès tarde à venir, de toujours garder présent à l’esprit que la voix d’exception n’est pas toujours audible par tous dès son premier chant.
La récompense ? Faire se côtoyer dans cette collection des univers aussi divers ceux d’un Lawrence Block dont le héros, Matt Scudder, est brisé par une faute qu’il a commise, d’un Michael Connelly dont le très sombre inspecteur Bosch est investi d’une véritable mission, d’un Lee Child dont le personnage de Jack Reacher est une manière de Chevalier Errant des temps modernes, d’un C.J. Box dont le garde-chasse du Wyoming, Joe Pickett, est d’une tendre et fascinante maladresse, d’un… etc., etc.
Faire honneur aux maîtres, mais aussi et surtout installer de nouveaux talents, partager mon enthousiasme pour un roman particulièrement bien ficelé ou superbement écrit, telle est mon ambition en inaugurant ce « Robert Pépin présente… ».

Et ce n’est évidemment pas sans une certaine angoisse qu’au moment de me lancer dans cette nouvelle aventure je pense à ce qui pourrait m’arriver si, d’aventure, l’illustre créateur des Oiseaux revenait sur terre pour m’apprendre un truc ou deux.
Que l’horrible corbeau d’Edgar A. Poe s’envole donc et t’emporte aussi loin que moi, tel est, cher lecteur, mon vœu le plus cher.

Robert Pépin

Calmann Lévy